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Depuis le 5 août 2025, une interdiction totale frappe plusieurs espèces exotiques envahissantes sur l’ensemble du territoire français et européen. Les sanctions peuvent atteindre 150 000 euros d’amende et trois ans d’emprisonnement.
Les plantes exotiques envahissantes concernées par l’interdiction
La balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera) est la vedette de cette interdiction. Cette plante herbacée originale d’Asie, introduite en Europe au XIXe siècle, atteint deux mètres de hauteur avec ses fleurs roses à pourpres spectaculaires.
Chaque plant produit entre 800 et 4000 graines projetées jusqu’à sept mètres grâce à un système de capsules explosives, lui permettant de coloniser jusqu’à 38 kilomètres en une seule année. Sa tige creuse rougeâtre et ses feuilles dentées disposées en verticilles facilitent son identification.
L’herbe de la pampa (Cortaderia selloana), interdite depuis l’arrêté du 2 mars 2023, provoque de graves problèmes allergènes. La crassule de Helms, plante aquatique venue d’Australie, étouffe les milieux humides.
| Espèce | Nom scientifique | Origine | Capacité de reproduction |
|---|---|---|---|
| Balsamine de l’Himalaya | Impatiens glandulifera | Asie centrale | 800 à 4000 graines/plant |
| Herbe de la pampa | Cortaderia selloana | Amérique du Sud | Milliers de graines/pied |
| Crassule de Helms | Crassula helmsii | Australie/Nouvelle-Zélande | Multiplication végétative rapide |
| Renouée du Japon | Reynoutria japonica | Asie | Fragments de rhizomes |
Les renouées du Japon possèdent des rhizomes capables de traverser même les fondations des bâtiments. Le moindre fragment laissé dans le sol peut régénérer une plante entière.
L’acacia de Mearns, le mûrier à papier et le séneçon du Cap font partie des huit nouvelles espèces végétales ajoutées au règlement d’exécution européen 2025/1422, entré en application le 7 août 2025.
Ces interdictions s’appuient sur le règlement européen n°1143/2014 et l’arrêté français du 14 février 2018. Le niveau 2, le plus strict, interdit totalement l’introduction, la détention, le transport, la vente et l’utilisation des spécimens vivants.
Pourquoi cette interdiction ? Dangers écologiques et sanitaires
La balsamine de l’Himalaya forme des colonies tellement denses qu’elle monopolise toute la lumière, l’eau et les nutriments. Une étude menée en 2024 démontre une réduction moyenne de 30 % de la richesse végétale dans les zones colonisées. Sur la vallée boisée de la Houille, elle entre directement en compétition avec la balsamine des bois européenne (Impatiens noli-tangere).
La balsamine produit un nectar si abondant qu’elle détourne les insectes pollinisateurs des fleurs locales, compromettant gravement leur reproduction. Les réseaux trophiques se trouvent bouleversés, affectant toute la chaîne alimentaire.

L’herbe de la pampa libère des graines hautement allergènes provoquant rhinites, conjonctivites et crises respiratoires. L’ambroisie, interdite depuis 2017, cause des réactions allergiques chez des millions de personnes chaque été.
La balsamine de l’Himalaya accentue l’érosion des berges en hiver lorsque la plante annuelle disparaît, laissant le sol complètement nu. En période de crue, sa biomasse importante gêne l’écoulement des cours d’eau. Les renouées du Japon fissurent les chaussées et endommagent les fondations, générant des coûts de réparation en millions d’euros annuellement.
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La Commission européenne a adopté sa première liste d’espèces préoccupantes en 2016, complétée en 2017, 2019, 2022 et 2025. Aujourd’hui, 88 espèces dont 40 végétales figurent sur la liste européenne. Les plantes exotiques envahissantes représentent l’une des principales causes de disparition de la biodiversité mondiale, après la destruction des habitats naturels.
Que risquez-vous ? Obligations et sanctions
Selon l’article L415-3 du Code de l’environnement, toute infraction expose à des peines pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.
Ces sanctions s’appliquent pour :
- Introduction volontaire dans le milieu naturel
- Détention sans autorisation
- Transport sur le territoire
- Commercialisation, vente ou achat
- Utilisation, échange ou plantation dans votre jardin
Les jardineries et pépinières ont dû cesser toute commercialisation avant le 5 août 2025. Les stocks restants doivent être détruits selon des protocoles stricts.
Pour les particuliers, vous devez arracher immédiatement toute plante interdite présente sur votre propriété et empêcher leur propagation vers les terrains voisins ou les milieux naturels.
Les professionnels du paysage et de l’horticulture doivent actualiser leurs catalogues, former leur personnel à l’identification des espèces interdites, et proposer systématiquement des alternatives non invasives. Le Code de conduite professionnel relatif aux plantes exotiques envahissantes, mis en place par VALHOR, impose des standards stricts.
Les préfectures coordonnent la surveillance avec l’Office français de la biodiversité (OFB) et les Conservatoires botaniques nationaux. Les campagnes d’inspection ciblent particulièrement les berges de cours d’eau, lisières forestières et jardins publics.
En cas d’infraction, l’autorité administrative peut proposer une transaction moyennant une amende réduite. Si vous refusez ou si l’infraction paraît grave, le procureur peut décider de poursuites pénales. Le juge peut prononcer les peines maximales et vous condamner aux frais d’éradication, s’élevant parfois à plusieurs milliers d’euros.
Votre responsabilité civile peut être engagée si les plantes interdites se propagent chez vos voisins ou causent des dommages écologiques mesurables.
Comment vous mettre en conformité ?
Pour la balsamine de l’Himalaya, l’arrachage manuel constitue la technique la plus efficace. Intervenez au printemps avant la floraison, ou au début de l’été pendant la floraison mais avant la maturation des graines.

Équipez-vous de gants robustes, saisissez la tige à sa base et arrachez la plante entièrement avec ses racines superficielles. Ne jetez jamais les plants au compost ou dans la nature. Disposez-les en hauteur sur une surface bétonnée pour qu’ils sèchent complètement sans contact avec le sol, puis évacuez-les en déchetterie dans des sacs fermés.
Surveillez les repousses pendant deux à trois ans, car les graines possèdent une dormance. Arrachez systématiquement les jeunes plants dès leur apparition.
Pour l’herbe de la pampa, coupez tous les plumeaux avant qu’ils ne dispersent leurs graines, au printemps. Déterrez ensuite la souche entière en creusant largement pour extraire toutes les racines. Brûlez les déchets ou apportez-les en déchetterie dans des contenants étanches.
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Les renouées du Japon exigent parfois l’intervention de professionnels. Chaque fragment de rhizome peut régénérer une plante. Creusez profondément (au moins 1 mètre) et largement, en criblant minutieusement la terre. Les méthodes alternatives incluent le bâchage hermétique pendant plusieurs années ou l’injection de produits homologués dans les tiges creuses. Consultez les services communaux ou départementaux spécialisés.
Aucune déclaration préalable n’est nécessaire pour arracher des plantes interdites sur votre propriété privée. Si vous découvrez une importante colonie sur un terrain public ou le long d’un cours d’eau, signalez-la à votre mairie.
Alternatives végétales non invasives pour remplacer la balsamine :
- L’achillée millefeuille (Achillea millefolium) offre des fleurs blanches à roses en ombelles plates
- La digitale pourpre (Digitalis purpurea) déploie ses épis de fleurs tubulaires roses spectaculaires
- Le géranium des prés (Geranium pratense) tapisse le sol de ses fleurs bleues délicates
- La jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta) illumine les sous-bois au printemps
Pour remplacer l’herbe de la pampa : le miscanthus sinensis ‘Gracillimus’ produit des plumeaux argentés élégants, le calamagrostis ‘Karl Foerster’ dresse ses épis verticaux dorés, le stipa tenuifolia ondule gracieusement au vent.
Les pépinières agréées proposent des gammes végétales certifiées « sans espèces invasives ». Le Centre de ressources sur les espèces exotiques envahissantes propose des fiches d’identification détaillées et des guides de gestion pratiques. Les Conservatoires botaniques nationaux organisent des sessions de formation gratuites pour reconnaître les espèces problématiques.
